Délais de paiement : 13 milliards manquent encore aux PME
Banque de France et Observatoire des délais de paiement : des délais au plus bas depuis 2007, mais 13 milliards d'euros qui manquent aux PME.
Les entreprises françaises n'ont jamais payé leurs fournisseurs aussi vite depuis 2007, et les PME n'en voient toujours pas le bénéfice. C'est la lecture qui ressort de l'article publié en octobre 2026 par la Banque de France dans son bulletin n° 266, consacré aux délais de paiement de l'année 2025.
Ce que disent les chiffres
D'après le bulletin de la Banque de France, les délais fournisseurs des entreprises hors microentreprises ont baissé de 0,8 jour d'achat en 2025, après 1,2 jour en 2024. Les délais clients sont restés quasi stables, à 42 jours de chiffre d'affaires. Les deux atteignent leur plus bas niveau depuis 2007. Le solde commercial, qui rapproche ce que les clients font attendre et ce que les fournisseurs accordent, représente un besoin de financement équivalent à 12 jours de chiffre d'affaires.
La moyenne cache des écarts par taille. Selon les données reprises par DAF Magazine, les délais fournisseurs s'établissent à 48,6 jours pour les PME hors microentreprises, à 61 jours pour les ETI et à 63,5 jours pour les grandes entreprises. Plus d'une grande entreprise sur deux règle encore ses fournisseurs au-delà du délai légal de 60 jours.
La Banque de France a simulé un monde où chacun paierait et serait payé à 60 jours au plus. Une partie des grandes entreprises tire des retards un surcroît de trésorerie de 13 milliards d'euros ; ce même montant manque à la trésorerie des PME. DAF Magazine précise que ce déficit des PME, microentreprises comprises, est comparable à celui de 2024.
Les secteurs de l'information et de la communication et des conseils et services aux entreprises restent les plus pénalisés par leurs délais clients, supérieurs à 60 jours en moyenne.
Des contrôles plus serrés
Le rapport annuel de l'Observatoire des délais de paiement, remis le 23 septembre 2026 au ministre chargé des PME, fait état d'une intensification des contrôles. En 2025, la DGCCRF a contrôlé 882 établissements, et le taux d'anomalies relevées est passé de 42,3 % à 54,2 %. La même année, 1 290 entreprises ont vu leur cotation Banque de France dégradée en raison de leurs comportements de paiement (communiqué de la Banque de France). Selon un avocat cité par DAF Magazine, les amendes notifiées en 2025 ont atteint 59,1 millions d'euros.
Le cadre reste celui du Code de commerce. Sans accord, le délai est de 30 jours après réception de la marchandise ou exécution de la prestation. Les parties peuvent convenir de 60 jours à compter de l'émission de la facture, ou de 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit et que ce n'est pas abusif. L'amende administrative peut atteindre 2 millions d'euros pour une société, 4 millions en cas de récidive dans les deux ans (Entreprendre Service Public).
Ce que cela change pour un DAF de PME ou d'ETI
Côté clients, le levier est contractuel. Une PME qui vend à de grands comptes subit l'essentiel de l'écart. Faire figurer les pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire de 40 € dans les conditions générales et sur les factures est une obligation, et le point de départ de toute relance documentée.
Côté fournisseurs, l'ETI est exposée. Avec 61 jours en moyenne, les ETI paient au-delà du plafond légal. Plusieurs écarts relevés lors des contrôles tiennent à l'organisation interne, selon l'avocat cité par DAF Magazine : un grand livre qui enregistre la date de l'ordre de virement au lieu de la date de mise à disposition des fonds, des campagnes de paiement hebdomadaires mal calées sur les échéances, des sociétés du groupe classées parmi les fournisseurs tiers, des litiges sans trace écrite. Il rappelle aussi qu'à défaut de conditions opposables au fournisseur, le délai supplétif de 30 jours s'applique.
La cotation bancaire est en jeu. Les 1 290 dégradations de cotation de 2025 rappellent qu'un retard de paiement ne pèse pas seulement sur les fournisseurs : il pèse aussi sur la cotation Banque de France de l'entreprise qui paie tard.
L'Observatoire annonce enfin des travaux sur les effets de la facturation électronique, entrée en vigueur le 1er septembre 2026 (Entreprendre Service Public), ainsi que sur la simplification des obligations déclaratives des entreprises en matière de délais de paiement.